Grèce – Camp Idoméni – Mars 2016

2 mai 2016 Reportage

Idomeni, Europe, 2016: Une enfance dans les camps.

« death quickly with bombs is better to die slow in idomeni » Voilà ce qui est écrit sur le carton du petit garçon de la première photo.

Ils sont environ 5 000 ! 5 000 enfants parmi 13 000 réfugiés à survivre dans la boue et le froid, dans le camp de la honte, le camp d’Idomeni au nord de la Grèce!

J’ai passé 3 semaines avec eux – la Macédoine venait juste de fermer sa frontière. Ils arrivaient chaque jour plus nombreux, en famille, épuisés après un long et dangereux voyage. Mais ils étaient heureux parce que persuadés qu’ils allaient pouvoir continuer leur route vers la terre promise, le nord de l’Europe.

Mais depuis peu, Idoméni, n’est plus qu’un cul de sac synonyme de désespoir et de misère où végètent des milliers de familles. Je les ai vu jour après jour se transformer, perdre la raison, être avalés par ce camp inhumain. Mais comment pourrait-il en être autrement quand on a tout perdu, parfois même sa famille et que l’on a plus d’espoir, plus de but à atteindre ?

Ils manquent de tout, ils vivent au milieu des ordures et des excréments. Ils manquent de toilettes, de points d’eau, ils font des heures de queue pour avoir un bol de soupe ou voir un médecin … Ils deviennent parfois agressifs pour un peu de nourriture, un sac de vêtements ou quelques morceaux de bois. Leurs journées se résument à satisfaire les besoins primaires (boire, manger et se chauffer) et à attendre. Mais attendre quoi?! On peut supporter l’insupportable, on peut traverser des mers et franchir des montagnes, tant qu’il y a de l’espoir.

Mais le 08 mars 2016, en officialisant la fermeture de la route des Balkans, l’Europe a mis fin à tout espoir.

Ce qu’on leur propose, les laisser dépérir ici au nord de la Grèce ou les renvoyer en Turquie!

L’Europe avait rendez vous avec l’histoire ! Elle a raté ce rendez-vous.

Lorsqu’une civilisation se referme sur elle même, qu’elle construit des murs plutôt que des ponts, elle s’appauvrit, et finit par s’éteindre.

A travers mes photos, j’ai souhaité rendre compte de leur quotidien, de leur histoire, de leurs espoirs, et surtout de leur désespoir. Je n’étais pas dans une zone de guerre, je n’étais pas dans un pays accablé par la famine. J’étais bel et bien en Europe, ce qui rendait tout cela d’autant plus insoutenable. Mon reportage s’est naturellement orienté vers les enfants et la famille. Peut être parce que j’ai moi même deux petites filles et que je ne pouvais m’empêcher de penser à elles en voyant tous ces enfants. Probablement me rappelaient ils aussi à moi père de famille, à quel point ces hommes et ces femmes étaient courageux.

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Au milieu d’un enchevêtrement de tentes bâchées, ce petit garçon brandit sa pancarte. « death quickly with bombs is better to die slow in idomeni »

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Dans l’urgence, l’UNHCR monte des tentes dortoirs pour que les familles ne dorment plus dans l’eau.

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Sous une pluie battante, ce petit garçon veille sur le feu qui servira à préparer le repas de midi.

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Certains font une heure de queue pour une tasse de thé chaud, d’autres rêvent devant une flaque d’eau.

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Cette famille fait parti des quelques chanceuses qui ont trouvé refuge dans un wagon de marchandise, à l’abri de la pluie.

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Petite fille Afghane devant sa tente à l’entrée du camp A.

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Juste derrière les barbelés, la Macédoine toujours inaccessible.

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« no water no food, open the border ». Toutes ces familles sont à bout. Dans un ultime geste de désespoir elles bloquent l’entrée de l’aide humanitaire dans le camp.

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Au milieu des immondices, dans une odeur pestilentielle, ces deux enfants jouent à l’école.

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Souvenir de sa vie en Syrie ou jouet donné par une association, cette fille s’accroche à sa poupée. Dans le camps, les adultes s’occupent des besoins primaires (trouver à manger et se chauffer) et les enfants réapprennent à s’amuser avec peu de choses.

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Cette maman est venue depuis la Syrie avec sa fille handicapée. Elle est seule dans le froid, assise sur son fauteuil roulant, perdue au milieu du vacarme du camps B.

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Sitting sur les rails au milieu du camp. Open the border, open the border …

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Ils sont là en famille chaque jour sur le passage à niveau qui sépare le camps A du camps B, pour demander l’ouverture de la frontière avec la Macédoine. Ils sont chaque jour plus déterminés, car il n’y a pas d’autre solution pour eux que de continuer leur route vers l’Europe du nord.

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Dans son imperméable sac poubelle, ce petit garçon vient de récupérer une ration de nourriture et attend ses parents sous la pluie.

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Pendant que les parents font des heures de queue pour une ration de nourriture ou partent chercher un peu de bois, les enfants sont livrés à eux même.

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Une des règles que je m’étais fixé, était de toujours me mettre à hauteur des personnes que je photographiais. D’abord en signe de respect, mais aussi pour rendre compte au mieux des conditions dans lesquelles ils survivent.

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Jouer pour oublier le temps d’un instant, la guerre, les bombes, l’exode et l’ignominie de ce camp !

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Comme les 13000 autres réfugiés qui s’entassent dans le camp d’Idomeni, cette mère et sa fille ont tout quitté, ont risqué leurs vies pour venir en Grèce. Aujourd’hui elles végètent dans la pluie et le froid et voient leurs rêves et leurs espoirs mourir à petit feu.

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Entassées dans de minuscules tentes, dans l’humidité et le froid, les familles attendent que la pluie cesse, attendent que la frontière s’ouvre.

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Seuls remparts contre la pluie et le froid, de frêles tentes prévues pour faire du camping aux beaux jours.

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On compte environ 5000 enfants sur le camp, dont beaucoup de très jeunes.

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Après un long voyage depuis Athènes, après plusieurs heures de marche, cet enfant s’effondre, épuisé. Au loin de gros nuages noirs arrivent, il va pleuvoir cette nuit! Pour son père il y a urgence, il faut qu’il trouve une tente pour mettre son fils à l’abri.

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Ce 14 mars, ils seront des centaines à quitter le camp pour franchir la frontière avec la Macédoine à quelques heures de marche plus à l’ouest. Le soir les réfugiés seront tous reconduits à la frontières, les volontaires et les journalistes qui les accompagnaient seront arrêtés (rackettés?!).

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Nourrissons, femmes enceintes, vieillards … tous doivent traverser la rivière en crue qui descend des montagnes enneigées.

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Le courant est violent, l’équilibre incertain et l’eau glaciale vous saisie les mollets. Plus tôt dans la journée, trois Afghans sont morts noyés en voulant traverser.

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Mélange d’espoir et de terreur. Des volontaires forment un cordon pour aider les femmes et les enfants à traverser.

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La neige n’est pas loin, le froid est mordant, ces enfants se réchauffent en faisant bruler un duvet faute de bois.

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A la tombée du jour, Mohamed rentre au camp en tirant un chargement de bois sur une couverture. Le bois est vital, pour cuisiner, mais surtout pour réchauffer les corps engourdis par l’humidité et le froid.

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Faute d’avoir trouvé une tente, cette nuit Aya et ses filles dormiront à la belle étoile.

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Assise dans un champ à l’écart du camp, Zeinah donne une ration à son jeune enfant. Elle vient de jeter un duvet dans le feu pour le relancer. Dans le camp, beaucoup d’enfants ont des problèmes respiratoires liés au froid, à l’humidité, mais aussi aux fumées de plastiques brulés qu’ils respirent en permanence.